Club libertin, «notre jardin secret»

Au club échangiste de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), couples et célibataires affichent leur libertinage, mais la plupart refusent d’en parler à leurs proches.

«C’est difficile de comprendre qu’une maman puisse venir ici. Si une gonzesse se fait cinq ou six mecs, c’est une salope.» Libertine depuis trois mois, Maryline ne raconte pas ses escapades au club échangiste Abxara de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) à sa famille : «Je n’en parlerai jamais à mes enfants, j’aurais peur de les perdre.» Cette mère de deux garçons vient pour la cinquième fois au club libertin avec sa copine Catherine. Les deux aides-soignantes de profession n’ont pas respecté le thème de la soirée – infirmières sexy – mais elles portent de la lingerie rouge en dentelle et une robe moulante décolletée : «J’aime qu’on me regarde », sourit Maryline, visiblement à l’aise.

L’échangisme consiste à échanger de partenaires sexuels entre couples. Des célibataires peuvent aussi y participer. Les amateurs sont appelés libertins. Dans la discothèque d’Abxara, pas de nudité. En chemise ou combinaison sexy, les « infirmières » et leurs compagnons profitent – avec modération – du bar et de la restauration à volonté. La piste de danse est bondée jusqu’à 2 heures du matin. Après seulement, les coins «câlin» se remplissent. Le club ne ferme ses portes qu’à 5 heures du matin. Une longue nuit en perspective, pour 90 euros tout compris pour un couple ou un homme seul. Les femmes seules, elles, ne déboursent que 25 euros.

«On dit qu’on sort en boîte»

Parmi les clients, beaucoup d’habitués. Jérôme et Nathalie, 35 ans, confient «avoir eu du mal, au départ, à entrer dans le cercle car tout le monde se connaît». Dans le fumoir du club, le couple de trentenaires restent à l’écart d’un groupe de «chirurgiens» et d’«infirmières» en grande discussion, stéthoscopes en forme de pénis à la main. A l’étage inférieur, les clubbers se déhanchent sur le bar et abusent de la barre de pole dance sur des tubes de Rihanna. Nathalie et Thierry observent le spectacle de loin. Les deux quinquagénaires font partie des « piliers » du club Abxara : « On vient depuis l’ouverture, il y a quatorze ans. » A l’aise avec leur corps et leur image, le couple est le seul à accepter d’être photographié. «Nos cinq enfants savent depuis le début qu’on vient ici, assume Thierry, dépanneur d’équipements frigorifiques. On a préféré leur dire plutôt qu’ils l’apprennent autrement. On a même ramené nos filles majeures ici, mais c’est pas leur truc.» A la table voisine, Lolo, 43 ans, ne partage pas la même ouverture d’esprit : « Mes enfants ne sont pas au courant, c’est notre jardin de secret, confie-t-elle devant son mari Ted. Je ne me vois pas expliquer le libertinage à ma fille, elle n’a même pas encore démarré sa sexualité !» Alors le couple prétend qu’il «sort en boîte» pour justifier ses nuits loin du cocon familial… Comme beaucoup de couples libertins rencontrés à l’Abxara.

On a même ramené nos filles ici, mais c’est pas leur truc », Thierry, 53 ans

La discrétion a ses limites. Jérôme et Nathalie indiquent à leurs quatre enfants qu’ils «sortent en amoureux à l’Abxara. Ils savent ce que c’est, ils ne posent pas de question ». Vraiment ? Le couple ne leur a jamais expliqué ce qu’était un club libertin : « Il y a internet pour ça », glisse Jérôme entre deux bouffées de cigarette. L’intérimaire n’est pas le seul à esquiver les interrogations de ses enfants : « Je ne leur expliquerai ce qu’est l’Abxara que s’ils le découvrent », reconnaît Lolo, mère de quatre enfants. Discrets avec leur progéniture, les libertins de l’Abxara n’ont en revanche aucun mal à discuter échangisme avec leurs propres parents : «J’en ai parlé avec ma mère de 66 ans, elle est très ouverte, s’amuse Maryline, l’aide-soignante. Quand je lui ai dit que j’allais en club, elle m’a avoué qu’elle avait deux hommes dans sa vie en ce moment.» La quadragénaire a même appris que ses parents avaient pratiqué l’échangisme par le passé : «Mais ma mère l’a fait par amour, pour mon père. Les hommes sont des chasseurs.»

«J’étais complexée par mon cul»

Dans tous les couples rencontrés ce samedi soir, c’est l’homme qui a pris l’initiative du libertinage. «J’ai ramé pour la faire venir ici, se souvient Christian devant sa femme Fabienne. Après trente ans de mariage, c’est bien de connaître autre chose.» Même difficulté entre Jérôme et Nathalie : « Je n’étais pas d’accord, j’avais peur d’attraper une maladie », frémit la mère au foyer. Chez elle comme chez Betty, 45 ans, les clichés n’ont pas fait long feu : « Au début je ne voulais pas, se remémore la commerçante. J’avais l’impression qu’ici, les femmes étaient esclaves des hommes. Mais des amis de confiance qui étaient déjà venus m’ont convaincue. En fait, je suis complètement libre ici.» Et toutes les personnes rencontrées insistent sur une notion, le respect : «C’est le point fort du libertinage», pointe Thierry, libertin de longue date. «Avant de venir, j’étais complexée par mon cul, confie Lolo, la mère de quatre enfants. Ici, je me libère. L’Abxara est très convivial.» Une convivialité difficile à trouver ailleurs, et difficile à partager. «Les gens ont des préjugés malsains, justifie l’habituée. On garde tout pour nous.»

Le club libertin est donc un « jardin secret » bien gardé. « Il n’y a que notre médecin qui soit au courant, personne d’autre, concluent Betty et Nicolas. Parce qu’on fait deux tests de dépistage d’IST [Infections sexuellement transmissibles] par an, au cas où.» Le secret professionnel les protège depuis quatre ans déjà.

Marie Albert

article publié sur leJDD.fr

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