Femmes dans les mairies : la parité est-elle respectée ?

Les élections municipales de 2014 devaient assurer aux femmes la parité dans les mairies de France. La loi oblige les partis à alterner des candidats des deux sexes sur les listes électorales. Mais les petites communes ne sont pas concernées et partout, les femmes peinent à accéder au siège de maire. Le Nord et le Pas-de-Calais ne font pas exception.

Le plafond de verre tient bon. Malgré les lois successives imposant aux élections municipales la parité (égalité de représentation des femmes et des hommes en politique), les femmes constituent toujours moins de la moitié des élus locaux.

À l’échelle nationale, 4 conseillers municipaux sur 10 sont des femmes. Mais elles accèdent rarement aux fonctions exécutives. Mesdames occupent surtout les postes d’adjointes à la famille et à la petite enfance. En 2017, seuls 16% des maires français sont des femmes, aucune loi n’imposant la parité à ce poste.

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, le nombre de femmes élues maires est passé péniblement de 183 en 2008 à 198 en 2014. Elles représentent à peine 13% des 1.500 maires de ces deux départements.

Sachant que le Nord s’en sort mieux que le Pas-de-Calais. 16% des maires y sont des femmes, contre 10% dans le Pas-de-Calais.

Parmi les conseillers municipaux, même déséquilibre entre les deux départements : 44% d’entre eux sont des femmes dans le Nord, contre 37% dans le Pas-de-Calais. À l’échelle nationale, la Haute-Marne et la Meuse décrochent la palme de non-parité avec seulement 32% de femmes élues. Les départements des Hauts-de-Seine et de Paris atteignent par contre les 50%, un record.

Pour rappel, les femmes constituent 51,6% de la population française et 52,6% des électeurs.

Pour justifier ce plafond de verre, plusieurs explications.

D’abord, les règles de la parité ne s’appliquent pas aux communes de moins de 1.000 habitants : les femmes sont sous-représentées dans ces municipalités (1 élu sur 3)… qui représentent pourtant dix millions de Français.

Dans le Pas-de-Calais, plus des deux tiers des communes comptent moins de 1.000 habitants. La parité est donc moins appliquée que dans le département voisin du Nord, où les villes sont plus grandes et les femmes mieux représentées.

Car dans les grandes villes, la loi impose l’alternance de candidats des deux sexes sur les listes électorales. Mais 9 têtes de liste sur 10 sont des hommes, en 2014. Et comme les conseils municipaux comptent souvent un nombre impair d’élus, s’y retrouvent mécaniquement plus d’hommes que de femmes.


Beaucoup de femmes refusent de figurer sur la liste des candidats de petites villes. Cette désertion s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, le manque de temps. « On est dans un schéma qui reste traditionnel et évolue malheureusement peu », estime la députée socialiste de la Vienne Catherine Coutelle, présidente de la Délégation aux droits des femmes à l’Assemblée nationale. Selon une enquête de l’Insee sur l’Emploi du temps, les femmes consacreraient en moyenne 88 minutes de plus que les hommes aux tâches domestiques.

Le respect de la parité n’a pas non plus fait son chemin dans tous les esprits. Pour un maire sortant à la tête d’un conseil municipal, accepter des femmes dans son équipe signifie rayer des hommes des anciennes listes. Le maire de Wailly-Beaucamp a ainsi déclaré à la Voix du Nord son désarroi face à cette mesure:  « J’aurais dû remercier des personnes qui me sont d’une grande utilité. Comment choisir ? Mon équipe m’a toujours soutenu ! »  Les femmes ne se sentent pas considérées, elles ont le sentiment de « remplir les quotas ». C’est ce que pense en tout cas Marlène Coulomb-Gully, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’Université Toulouse-2 et auteure de Présidente: le grand défi : « Pour peu qu’elles aient l’envie de s’engager et des ambitions, qu’est-ce qu’elles voient ? Que les postes de décision restent aux mains des hommes. Leur refus est peut-être une manière d’anticiper le fait qu’on ne leur laisse pas de place. »

6 femmes maires parmi les 41 plus grandes villes de France

Au centre Martine Aubry, maire de Lille. De haut en bas: Brigitte Fouré, maire d’Amiens, Maryse Joissains-Masini, maire d’Aix-en-Provence, Johanna Rolland, maire de Nantes, Anne Hidalgo, maire de Paris et Nathalie Appéré, maire de Rennes

Marie Albert & Alexandra Klinnik

ESJ Lille, 3 mars 2017

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