8. Prunay-Chancay : toucher le fond (10 + 17 = 27 km)

Sur le chemin de Compostelle – via Turonensis (voie de Tours)

Je patauge de nouveau dans la gadoue. Il a plu tout le matin (8h-13h). Recouverte de mon poncho, j’avance sur la départementale à la vitesse de mon voisin l’escargot. Mes deux cannes me sauvent la mise.

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Entre le Loir-et-Cher et l’Indre-et-Loire, les trains ont toujours une locomotive. Il s’est arrêté de pleuvoir entre 11 heures et midi. Je me suis assise au pied d’un tronc d’arbre pour soulager mes pieds qui me font souffrir.

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J’arrive à Chateau-Renault pour l’heure du déjeuner. La ville n’est pas très belle et j’échoue dans une brasserie sans charme où m’attend un délicieux moules-frites tout à fait local. J’ai les pieds mouillés et mes deux bâtons qui m’attendent sur le trottoir.

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Je décide de faire du stop pour rejoindre mon point de chute de la journée : le château de Valmer. C’est une femme d’Amboise qui m’y dépose après m’avoir raconté comment son ancien lieu de travail (à quelques kilomètres d’ici) a été victime d’un krach d’avion (militaire) il y a tout juste un an (1 mort). En arrivant au château, je me retrouve face aux jardins car le bâtiment en question a disparu dans un incendie en 1948. Il pleut à nouveau.

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Ci-dessus un couloir du bâtiment où je loge. Les tapisseries de ma chambre datent des années 1950. J’entreprends de laver mes chaussettes sales à la main dans un lavabo mais la crasse est tellement incrustée que je renonce à leur redonner une couleur blanche. Je ressors pour visiter les jardins du château disparu.

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C’est très joli mais pas du tout restauré. De retour à l’intérieur, je décide de prendre un bain mais la bonde ne ferme pas et la baignoire se vide en dix minutes. J’enduis mes pieds de crèmes et je couvre d’un pansement ma belle cloque en décomposition. Je fais cuire des pâtes dans la cuisine silencieuse. Je mange seule avec vue sur les douves du château. Je ne croise plus personne dans les couloirs, à croire que mon copain stagiaire a disparu. Nous ne sommes que deux (?) à dormir là ce soir. Il doit y avoir des souris dans les murs, j’entends des grincements dedans et des hululements dehors.

Bilan sexuel : les femmes me prennent en stop mais pas les hommes. Dans les familles qui m’accueillent (6), seule la femme cuisine. Toujours personne ne me croit capable de marcher 30 kilomètres par jour.

Je me range à l’avis général : c’est trop. Mes pieds ne supportent pas le choc. Je décide donc de faire une pause dimanche 12 juin. Je ne marcherai pas jusqu’à Tours, j’y roulerai. J’ai touché le fond, trahi toutes les promesses du pélerin. Je n’en suis que l’ombre.

M.A.
11 juin 2016

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